Le concours de la Chambre de métiers et de l’artisanat d’Indre-et-Loire, un défi pour les apprenties stylistes

Les 12 et 13 juillet prochains se tiendra le concours de la Chambre de métiers et de l’artisanat d’Indre-et-Loire, à Tours. Un jury de cinq à sept membres évaluera les modèles présentés par onze participantes sur le thème du romantisme. Alexandra D et Nolwenn Lavanant, deux étudiantes au CFAM, le Centre de formation aux arts de la mode, concourent dans la section « tailleur ». Regards croisés sur la préparation d’une compétition haute en couleurs.

Alexandra D, l’amoureuse du tailleur

« Dès que l’on met une veste, la tenue se transforme » constate Alexandra D, concentrée, les deux mains appuyées sur la plaque à aiguille de l’assourdissante machine à coudre.

Elle s’arrête, lève la tête pour s’exclamer : « Je suis vraiment fan des vestes ! ». Ce qu’elle préfère, c’est concevoir des toiles, c’est-à-dire des essais d’une ou plusieurs parties du vêtement qui seront retouchés avant la création du prototype. Son modèle, réalisé spécialement pour l’occasion, est le résultat d’un travail réfléchi sur la structure du vêtement, au détriment de la couleur.

La brune aux grands yeux noirs dit « [être] partie sur une création épurée, vierge ». Une illustration de ce que la jeune femme préfère dans la mode. « Je ne suis pas très couleur mais j’aime jouer avec les découpes » explique-t-elle avec sérénité, tout en travaillant la manche de son tailleur.

En première année au CFAM, Alexandra D. travaille sur le tailleur. L’ancienne étudiante en marketing se réjouit de concourir dans cette catégorie. (Photo : Tiffany Fillon)

Son amour pour les formes apparaît régulièrement dans ses créations. Pour le défilé du 10 juin prochain, qui aura lieu au Château de Moncontour à Vouvray, elle s’est inspirée de l’origami et en particulier de son aspect géométrique. La jeune fille, qui porte d’imposantes boucles d’oreilles noires et blanches à motifs japonais, n’a pas choisi l’origami par hasard. Avec un père bouddhiste japonais, la culture nipponne laisse naturellement des traces dans ses modèles.

Si elle confie aimer les formes plutôt rigides, elle se plaît à travailler sur l’asymétrie et les contrastes. « J’apprécie les vêtements très près du corps qui prennent ensuite plus de liberté, qui paraissent moins organisés » affirme la jeune femme de 22 ans.

Les mouvements libres et expansés, elle les aime, à condition qu’ils soient bien maîtrisés. C’est pourquoi elle a apprécié le thème du romantisme imposé par la Chambre de métiers et de l’artisanat. Elle a pensé un vêtement en accord avec l’esprit du mouvement littéraire de la première moitié du XIXe siècle : imaginatif et libre.

Voilà pourquoi cette apprentie styliste préfère imaginer que coudre. Même si elle dit être minutieuse et appliquée au moment de la couture, elle s’épanouie davantage dans le dessin. Selon elle cette passion pour le croquis pourrait même s’élargir à la profession. « Le rêve d’une styliste, c’est d’avoir une couturière » généralise-t-elle.

En attendant le concours, Alexandra D. passe beaucoup de temps sur son modèle. Elle devrait profiter de sa semaine de vacances mais elle a plutôt décidé de la sacrifier pour se rendre à l’atelier, entourée de Frédérique Payat, sa professeur et de Nolwenn Lavanant, sa camarade.

Le jury sera exigeant et elle le sait. Le barème prendra en compte la couture. Les finitions devront être impeccables. Le jury ne demande pas un prototype mais un travail abouti. Alors elle travaille dur et s’applique sur ce vêtement « qui [lui] ressemble ».

L’étudiante se sent sereine face à un concours qu’elle juge assez lointain. Jusqu’à ce que Nolwenn Lavanant reçoive un e-mail des organisateurs. Alexandra D. laisse transparaître son angoisse quelques minutes. Rapidement, les deux jeunes filles se remettent au travail, encouragées par leur professeur bienveillante.

Nolwenn Lavanant, la jeune battante

« Nolwenn, c’est notre petit bébé », glisse Frédérique Payat, le sourire aux lèvres. Nolwenn Lavanant est l’une des plus jeunes du groupe d’étudiantes. Elle a rejoint la famille CFAM en septembre dernier, après un baccalauréat professionnel « métiers de la mode option vêtement » réalisé au lycée Saint Paul Bourdon Blanc, à Orléans. Malgré son jeune âge, elle connaît déjà bien le métier.

À 18 ans, cette étudiante en première année au CFAM, met tout en œuvre pour se démarquer lors du concours de la Chambre des métiers et de l’artisanat. (Photo : Tiffany Fillon)

Repousser ses limites grâce au concours

Ce concours, c’est le premier qu’elle vit, comme son amie Alexandra D. Quand on lui demande comment elle l’appréhende, la petite brune aux cheveux bruns mi-longs, répond qu’elle est « une grande stressée ». Parce que cette préparation, c’est une histoire de hauts et de bas. Mais aussi de persévérance. C’est ce qui fait la force de Nolwenn Lavanant, major de sa promotion l’année dernière.

« Il y a des moments où je suis satisfaite et d’autres fois non, car je me rends compte que le rendu ne correspond pas à ce que j’avais imaginé » confie-t-elle, en traçant des lignes autour d’une pièce de tissu en velours. La jeune femme est perfectionniste. Elle persévère, se corrige sans cesse.

Après avoir connu une influence japonaise, elle dit ne plus la suivre. Pour elle, ce temps est révolu. Frédérique Payat et Alexandra D. contestent. La professeure retrouve un croquis de son premier modèle de jupe, qui, selon elle, s’inspire de la culture nipponne.

« Elle a du goût, c’est certain » conclut Frédérique Payat. Aujourd’hui, l’étudiante se sent proche de certaines grandes figures émancipatrices, comme George Sand. Quand elle évoque « Gabrielle Chanel, la femme, pas ce que Karl Lagerfeld fait en ce moment », la jeune fille s’enthousiasme . « J’adore, je dirais qu’elle est mon idole. Elle a libéré les femmes. Ce qu’elle a fait pour elles m’inspire. » poursuit-elle, émerveillée. Il y a encore Yves Saint Laurent et son smoking féminin ou Stefano Gabbana pour « sa façon de mettre en valeur la femme italienne ».

Le stylisme, une vocation

Dès son plus jeune âge, elle a su qu’elle voulait se lancer dans la mode. Le concours est devenu un moyen pour confirmer davantage son désir de devenir styliste. La couture, elle la place en dessous du stylisme et du modélisme. Elle a plutôt pris plaisir à imaginer son modèle, à le dessiner, à réfléchir sur les coupes.

Et puis, voir l’avancée de son vêtement la motive pour aller jusqu’au bout. Même si elle avoue que le thème ne l’a pas vraiment inspirée, parce que les « froufrous, les fleurs, les volants » lui parlent peu, elle a essayé de réaliser un vêtement qui correspond le plus fidèlement à sa personnalité. Toujours en gardant en tête son idole féministe, Gabrielle Chanel. Son modèle, pensé autour du corset, est « sexy sans être vulgaire ». Parce que la classe, c’est primordial pour elle.

L’apprentie styliste se met parfois la pression, motivée par une fugueuse envie de réussir dans le stylisme. Elle a conscience des contraintes du métier. Une profession exigeante où « il ne faut pas faire la difficile ». Nolwenn Lavanant est bien décidée à donner le meilleur d’elle-même pour réussir le jour du concours.

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